Environnement & vivant

Un muflier des Galápagos revient de l’extrême : la population sauvage passe de 6 à 28 individus

Après trente ans d’efforts, un programme de restauration a permis de produire en pépinière et de réintroduire 94 plants de Galvezia leucantha subsp. leucantha sur l’île d’Isabela (2017–2024). La population adulte sauvage est passée de six individus en 2007 à 28 aujourd’hui, et les premières plantules naturellement recrutées ont été observées en 2021 — une preuve de reproduction naturelle malgré la menace persistante de la sécheresse.

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Phys.org

Longtemps réduite à un seul spécimen d’herbier et à quelques buissons accrochés aux fissures de lave, le muflier des Galápagos reprend pied grâce à trente ans de conservation patiente et à des réintroductions ciblées sur l’île d’Isabela.

Un retour qui prend racine dans l’histoire

L’histoire commence avec une feuille pressée : un spécimen récolté en 1962 près de Caleta Tagus restait pendant des décennies la seule preuve tangible de l’existence de l’espèce. Ce témoin a poussé des chercheurs à fouiller les champs de lave du nord d’Isabela ; en 1998 ils ont commencé les recherches sur le terrain, et la situation s’est révélée alarmante : en 2007, seulement six individus survivaient, nichés dans des fissures des coulées de lave du volcan Darwin.

La science au service du sauvetage

Pour éviter l’extinction, le programme Galápagos Verde 2050 a combiné production en pépinière et réintroduction dans la nature. Entre 2017 et 2024, 94 plants élevés en pépinière ont été replantés sur les sites choisis. Les équipes ont testé plusieurs méthodes pour aider ces jeunes plantes à s’établir dans ce milieu sec et rude.

Parmi les outils expérimentés, la Groasis Waterboxx a été particulièrement efficace : les transplants testés avec ce dispositif ont montré un taux de survie de 100 %. Les chercheurs ont aussi observé que les jeunes mufliers investissent d’abord dans le développement racinaire avant de croître en hauteur, information déterminante pour décider quand transférer les plantes du potager à la roche.

La preuve qu’une population peut se renouveler

Le vrai tournant est venu en 2021 : les équipes ont trouvé sur Playa Tortuga Negra les premières plantules naturellement recrutées — la preuve que les plantes réintroduites fleurissaient, produisaient des graines viables et donnaient naissance à une nouvelle génération dans la nature. Ces premières plantules n’ont toutefois pas survécu à la sécheresse qui a suivi, rappelant que l’apparition de semis ne garantit pas encore l’autonomie de la population.

Deux sites, vingt-huit adultes

Aujourd’hui, la population adulte établie par l’effort collectif compte 28 individus : 20 à Playa Tortuga Negra et 8 à Caleta Tagus. La réintroduction de 2024 à Caleta Tagus a un sens particulier : elle ramène l’espèce sur le site où le spécimen d’herbier de 1962 avait été collecté, réinstallant ainsi le muflier dans son aire historique.

Ce qui reste à faire

La sécheresse demeure le principal obstacle : l’insuffisance en eau a contribué à l’effondrement historique de l’espèce et menace encore la survie des nouvelles générations. Malgré cela, les connaissances accumulées — techniques de germination, choix des moments de transplantation, dispositifs comme la Waterboxx — offrent aujourd’hui des outils concrets pour améliorer les chances de succès.

Le sauvetage du muflier illustre aussi autre chose : la conservation est d’abord une œuvre collective. Des gardes-parc qui protègent les sites, des agents de pépinière, des assistants de terrain, des chercheurs, des étudiants et des volontaires ont tous contribué à cette entreprise. La suite, si l’on veut transformer ce succès ponctuel en rétablissement durable, passe par un engagement soutenu pour l’arrosage, le suivi et la gestion à long terme.

Retrouver vingt-huit adultes après une quasi-disparition est une victoire tangible. Le muflier des Galápagos n’est pas sorti d’affaire, mais il a désormais une histoire vivante à raconter — et des racines solides sur lesquelles bâtir la suite.

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